Un ami nous a quitté

Boutros Boutros-Ghali,  » le Pharaon », « le Sphinx », « l’Africain », a tiré sa révérence dans la discrétion et dans la dignité d’un Grand Homme après une vie dédiée à son pays l’Egypte, à l’Afrique et à la communauté internationale. Il aura été l’un des Grands Hommes à avoir marqué le 21 ème siècle.

GHALI
Après le choc et le temps du deuil, je peux maintenant rendre hommage au Président et Fondateur de l’Institut Imagine Africa que j’ai le privilège de diriger. Il m’avait encore récemment assuré de sa participation à la 1 ère Conférence internationale qui sera bientôt organisée par l’Institut.

Boutros Boutros-Ghali était mon mentor et mon ami. Quand je lui disais « Soyons réalistes. Demandons l’impossible ». Il me répondait « Avons-nous défriché tous les possibles? ».

Africain, arabe polyglotte, chrétien, mais avant tout attaché à l’universalité et à l’indivisibilité des
Droits de l’Homme. Il voulait par dessus tout démocratiser la globalisation, condition pour lui de la globalisation de la démocratie.

Ses « Agenda pour la Paix », « Agenda pour la Démocratie » et « Agenda pour le Développement » ont délimité la feuille de route pour l’Organisation des Nations Unies pour lesiècle naissant, œuvres que seul un universitaire talentueux doublé d’un diplomate hors pair au service de tous les humains pouvait produire afin de gérer la planète.

Je l’ai rencontré la premiafricaère fois lors de la Conférence mondiale des Droits de l’Homme qu’il avait convoqué à Vienne en juin 1993 en tant que Secrétaire Général des Nations Unies. Il gérait les contradictions entre États jaloux de leur souveraineté bien que proclamant leur attachement aux principes universels des Droits de l’Homme. Que de dilemmes à détricoter !
En tant que Secrétaire Général d’Amnesty International, je « gérais » la rue pour exercer la pression sur la conférence afin d’obtenir des avancées palpables dans l’agenda des Droits de l’Homme. Deux rôles complémentaires. En toute complicité. Grâce à l’habileté du Pr. Ibrahima Fall, Secrétaire Général de la conférence nous avons pu arracher la création du poste de Haut
Commissaire aux Droits de l’Homme.

Les massacres en Bosnie et le génocide rwandais en 1994 ont été l’occasion de ma part de coups de fil incessants où Boutros m’expliquait patiemment les contraintes auxquelles il faisait face : un Conseil de Sécurité paralysé par les blocages des grandes puissances et une bureaucratie onusienne tétanisée par les défis de l’après-guerre froide (massacres, génocide, hyper puissance américaine etc.).

Les Conférences mondiales de Copenhague sur le développement social, de Pékin sur les femmes, du Caire sur la population au milieu des années 90 sont à mettre à son actif et à sa vision de bâtir de nouveaux consensus pour une globalisation au service de tous ouvrant ainsi la voie aux « Objectifs du Millénaire pour le Développement ». Amnesty International y a participé pleinement avec les ONGs du monde entier grâce à l’insistance de Boutros pour que la Société Civile soit pleinement impliquée. Un compagnonnage inédit à l’époque.

Son 2 ème mandat à la tête des Nations-Unies lui fut refusé parce que seul un membre sur quinze au Conseil de Sécurité s’y était opposé ! Mais heureusement il avait déjà, en 5 ans, tracé la voie pour l’ONU.

J’ai eu le plaisir de retrouver Boutros à l’UNESCO quand j’ai rejoint l’organisation en 2001, après avoir quitté Amnesty International. Nous avons repris notre collaboration en organisant notamment le Forum de dialogue Afro-Arabe sur la Démocratie et les Droits de l’Homme ainsi que le Panel International sur la Démocratie et le Développement avec des membres tels que Keba Mbaye, Robert Badinter, Pierre Cornillon, Hisashi Owada…Des conférences dont les recommandations étaient justement destinées à endiguer les violences auxquelles nous assistons aujourd’hui dans les transitions en Afrique et au Moyen-Orient. Prémonitoire Boutros!

J’ai quitté l’UNESCO après 10 ans mais nous avions convenu de mettre sur pied Imagine Africa et avons pendant plusieurs années réfléchi sur les orientations à donner et activités à mener au sein de l’Institut. Il en avait rédigé la note conceptuelle disponible sur le site de l’Institut. Le projet est maintenant arrivé à maturité.

Puis il est parti. Le 17 février 2016.

Que la terre d’Egypte lui soit légère.
Mes pensées vont à Léa, son épouse qui l’a toujours épaulé et soutenu d’un amour sans failles.
Rest In Peace Boutros :
Tu resteras toujours une inspiration pour tous ceux qui t’ont connu et appriecié.
Imagine Africa te salue.

Professeur Pierre Sané