institut1-img-galiL’année 2010 a marqué le cinquantenaire des indépendances africaines. Même si certains Etats ont acquis leur indépendance plus tôt ou plus tard, 1960 témoigne de l’inéluctabilité, à terme, de la fin de l’occupation coloniale. D’après les analystes, ces 50 années ont suscité à la fois des espoirs de rupture et maintenu la « dépendance », ont accéléré les progrès économiques et sociaux tout en les mettant en danger du fait des crises et des conflits, ont vu des avancées de la démocratisation et des droits humains, avancées toutefois fragilisées par la mauvaise gouvernance et la corruption. Ces années ont en outre été l’occasion d’une généralisation de l’éducation, accompagnée il est vrai par la fuite des cerveaux et par des migrations importantes.

Les bilans de ces cinquante ans ont donc été mitigés voire sévères pour les Etats africains mais peu d’analystes se sont projetés sur le futur afin de dégager les idées, options et stratégies permettant de « repenser » l’Afrique des cinquante prochaines années.

Des rapports et analyses prévoient tour à tour un a ccroissement du produit intérieur brut (PIB) et des investissements étrangers, ou au contraire un approfondissement de la pauvreté et des inégalités ; une amélioration de la gouvernance ou sa détérioration ; une intensification des conflits armés ou leur réduction… c’est selon.

Mais ce travail, tout aussi valable soit-il, ne saurait en aucun cas remplacer une réflexion structurée et articulée autour des politiques publiques visant à encourager les transformations sociales et économiques des 50 prochaines années, politiques nécessaires à la construction d’une Afrique solidaire, prospère et juste. Or, on constate en Afrique une carence de plateformes professionnelles de réflexion intellectuelle à caractère prospectif et une absence de planification participative et à long terme, comme l’ont récemment relevé les deux Conférences des Intellectuels Africains et de la Diaspora (Dakar2004 et Salvador 2006).

Les années 2010 ont donc été des années charnières symboliques, qui devraient mobiliser Africains et amis de l’Afrique pour imaginer une Afrique qui réponde aux aspirations de ses populations. Il faudrait ambitionner de faire des années à venir, les années du retour des intellectuels dans le champ politique en tant qu’intellectuels et les années de leur engagement avec les acteurs politiques, économiques et sociaux autour de l’élaboration de plans ambitieux et de politiques publiques y afférant.

Imagine Africa veut s’inscrire dans un mouvement qui souhaite « repenser » l’Afrique. Après tout, il y a cinquante ans, c’est l’Asie qui suscitait pessimisme et diagnostics condesendants. Aujourd’hui, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud sont parmi les dix premières puissances économiques mondiales, et l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie, le Vietnam accélèrent leur croissance économique et leur développement social.

Pour l’Afrique, l’espoir est sans conteste permis. La communauté africaine et internationale en est pleinement consciente : « L’Afrique est la nouvelle frontière ! » Il est donc tout à fait approprié de choisir 2015 pour lancer Imagine Africa.