Création d’un Forum permanent Afrique/Amérique latine et Caraïbes sur le développement durable: 

L’INITIATIVE AFRO-LATINA

1. Justification du projet

Parmi les analystes qui déplorent la marginalisation de l’Afrique dans le processus de la mondialisation, assez peu se soucient de savoir pourquoi et par quelles entraves politiques et économiques l’Afrique se voit ainsi exclue de ces nouvelles opportunités de prospérité. Plus rares encore sont les avocats des recettes néolibérales qui sont capables d’imaginer pour l’Afrique un avenir autre que celui de sa dépendance fonctionnelle vis-à-vis de l’Occident.

Un contexte international inattendu

L’entrée de la Russie, de la Chine, de l’Inde, des pays du Golfe arabe, du Brésil et de l’Argentine, etc., sur la scène économique mondiale, les fluctuations du prix du pétrole, la revalorisation stratégique des autres ressources naturelles dont l’Afrique reste le principal réservoir et les promesses des marchés africains ont depuis changé la donne.

L’empressement des nouvelles puissances économiques latino-américaines à renforcer leurs échanges avec l’Afrique n’a pas manqué de remettre en question l’afro-pessimisme largement répandu dans les cercles des dirigeants, y compris africains.

En délégitimant les discours idéologiques issus de la conférence de Bandung de 1955 sur la solidarité du tiers monde, la mondialisation a certes conduit à une logique du           « chacun pour soi » qui a eu des effets négatifs sur le commerce de l’Afrique. Mais paradoxalement, elle a permis également le développement de nouvelles convergences d’intérêts et de complémentarités économiques entre l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine qui sont en train de reconfigurer les relations internationales.

Le succès du dernier sommet Afrique-Amérique du Sud au Venezuela en 2009, les difficultés pour les Africains à signer les accords de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne et la résistance accrue aux conditionnalités imposées par la Banque mondiale pour ses prêts, sont des exemples significatifs de ce changement des rapports de force à l’échelle mondiale, qui marque un tournant dans les relations entre l’Afrique et l’Amérique latine, en se focalisant sur le renforcement des coopérations socio-économiques Sud-Sud et Nord-Sud. Le Sud affiche sa détermination à unir ses forces pour s’affranchir de la dépendance des puissances riches du Nord ainsi que la volonté de construire une relation démocratique entre égaux, facilitant dès lors la construction d’un monde multipolaire.

La même mondialisation impitoyable qui avait relégué l’Afrique au rang de « continent perdu » lui offre ainsi aujourd’hui de nouvelles perspectives pour sortir du huis clos de la domination postcoloniale et construire un autre type de partenariat avec l’Amérique latine et les Caraïbes.

Cette reconnexion entre l’Afrique et l’Amérique latine et les Caraïbes, facilitée par une très longue histoire d’échanges entre les deux continents (ex. traite esclavagiste) doit se réaliser désormais sur les bases solides d’une interdépendance politique et économique car le développement du Sud dépend de ses partenariats internationaux.

L’Afrique tout comme l’Amérique latine a besoin de partenaires qui lui apportent des compétences nouvelles, de l’expertise ainsi que des ressources pour combattre les défis auxquels les deux continents font face aujourd’hui.

Des relations en croissance rapide

Le partenariat entre l’Afrique et l’Amérique latine et les Caraïbes est certes embryonnaire mais il se développe à un rythme rapide.

Sur le plan économique, il est tiré par quelques pays : le Brésil et le Venezuela d’un côté, l’Afrique du Sud et les pays pétroliers de l’autre. Globalement, il est caractérisé par un déséquilibre commercial au profit de l’Amérique latine. Et si les initiatives sont de plus en plus nombreuses et variées, elles répondent souvent et avant tout à des considérations de développement national. L’exemple le plus patent est celui de l’intérêt très fort du Brésil pour les biocarburants érigé au rang de priorité.

L’Afrique peut apprendre de l’expérience des pays d’Amérique latine quant au rôle joué par l’Etat et les politiques publiques pour diversifier l’économie, créer des emplois, lever les barrières à la création d’entreprises,    attirer l’investissement, assurer un transfert efficace de technologie et de savoir-faire.